La mort avec son cortège d’atrocités : venin mortel, projets criminels, violence, ravage et ruine sont comme les déferlements des houles impétueuses de la vanité de l’action de l’homme qui soulèvent désespérément le lit de la mer des peuples et le limon. Sans doute, les deux métaphores d’œufs de vipère et de toiles d’araignée évoquent-elles l’action maléfique et empoisonnée des personnages démoniques qui gouvernent les nations. C’est pourquoi, le chemin de la paix que Jésus indique à tous ceux qui partagent son «cœur » n’a rien de commun avec celle que le monde propose. Il dit à ses disciples : «Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur cesse de se troubler et de craindre » (Jn 14,27). La paix du Christ est incontestablement liée à sa personne et à son amour sacrificiel. C’est la paix avec Dieu, premier fruit de la justification par la foi (Rm 5,1) et la paix de Dieu qui garde nos cœurs (Ph 4,7) de la peur d’être trahi, de reniement, du traumatisme biopsychique, de la cruauté de l’homme, de la ficelle qui se tire dans l’ombre en vue de sombrer dans le maelström malveillant, des situations-limites qui nous assaillent indistinctement, de l’incongruité des propos qui trahissent notre vocation, des troubles face aux conséquences tragiques du péché ou de la blessure incurable de l’humanité et, que sais-je encore. Ces menaces complexes de l’existence humaine délogent incontestablement la pensée juste d’une anthropologie positive. Il faut noter cependant qu’on ne réussira jamais à briser les vieilles outres, à se dépasser ou à tourner la page sombre des contingences historiques contraignantes sans être unis dans un même sentiment par le lien de la paix (Ep 4,3). La paix du Christ, c’est la plénitude de l’existence et le bonheur sans restriction. C’est pourquoi, «annoncer la bonne nouvelle de la paix de Jésus Christ » (Ac 10,36) est, pour Joséphine Ford, un aspect de la mission de Jésus selon Luc, «construire la paix, résister sans violence au mal, tenir pour futiles la haine et la vengeance, dont l’effet est autodestructeur […]. Dans le monde actuel où le terrorisme, la violence, le crime, la guerre et la misère, les uns intimement dépendants des autres, sont à l’ordre du jour, cet aspect de l’évangile de Luc est intimement pertinent ». Bienheureux aux artisans de la paix, car ils seront appelés fils de Dieu (Mt 5,9). C’est pour cela d’ailleurs que Zephania Kameeta insiste pertinemment en disant:

Peace for us is not abstract, but you can touch, feel, taste, see and experience it. Where there is peace, there is life, but where there is no peace, there cannot be life but only violence, poverty and death. Peace is the completeness of life and this is what the Old and New Testaments are teaching us. Peace does not live alone in the village, but walks hand in hand with justice. Where there is peace there cannot be injustice. 

Là où règne l’amour, c’est là également où règnent la paix et la justice, la communion et la réconciliation.

 

2. Ses manifestations : le règne de l’amour-agapè se manifeste en nous par les vertus de la patience, de la bonté et de la bienveillance.

 

a. La patience est la qualité à supporter les détresses, les angoisses, les épreuves et la provocation. C’est la puissance glorieuse de Dieu qui nous rend, à tous égards, persévérants et patients. Un homme patient, reconnaît Wim Malgo, «ne réagit pas nerveusement, ni avec un visage renfrogné ». Il ne vocifère pas des injures et ne se déchaîne pas comme une houle enragée. Il ne tient pas des propos incongrus qui trahissent sa dignité de créature à l’image de Dieu. Il se maîtrise plutôt que se laisser au désir de venger même lorsqu’il est méprisé ou maltraité.

b/c. La bonté, c’est la bienveillance, justesse de l’âme et disposition agréable à l’égard de son prochain. L’homme bon et bienveillant est toujours disposé à faire du bien tel que Dieu lui-même l’a montré envers les hommes. Chaque créature à l’image de Dieu devra imiter ce comportement du Créateur. Ainsi, «Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience » (Col 3,12). Denis Diderot dont l’idée de nature est au centre de ses préoccupations, a raison de reconnaître que «L’homme le plus heureux est celui qui fait le bonheur d’un plus grand nombre ». L’homme compatissant et bienveillant, humble, doux et patient fait le bonheur du plus grand nombre, c’est-à-dire de la communauté ou de la société. Sous l’ombre du roi juste, il fait régner la justice entre les hommes et rétablir la paix paradisiaque (cf. Is 11,1-9). Pour le comble de son vœu d’améliorer le monde, il exprime sa foi vivante et agissante en secourant les pauvres, en consolant les affligés et en apportant la lumière à des peuples enténébrés. L’amour du prochain oriente son action sociale car, comme dit Richard Wurmbrand «l’amour transforme toute la société […]. L’humanité n’avance que lentement, mais il y a une avancée certaine partout où l’amour domine ».

3. Les conditions de sa naissance et de son épanouissement : la foi, la douceur et la maîtrise de soi.

a. Etant l’instrument par lequel nous saisissons la révélation divine et toutes les bénédictions de Dieu, la foi permet de nous approprier du salut de Dieu révélé en Jésus-Christ. Perçue dès lors comme la main qui saisit l’invisible en quelque sorte par le pan du manteau de la grâce pour le mieux comprendre et l’expliciter, c’est également par la foi que nous étreignons le Seigneur de gloire dans sa tente déployée au milieu de nous et, bien au-delà, dans la maison du Père. La foi agissant selon les principes de l’amour sacrificiel du Christ pour une socio-anthropologie positive, voilà tout ce qu’il y a de plus rassurant et de plus réconfortant.

b. La douceur est la vertu sociale qui aspire tout naturellement aux relations idéales des individus. C’est la qualité d’une personne calme, bienveillante et qui agit avec précaution. C’est la nature même du Christ, dit-il, «Je suis doux et humble de cœur » (Mt 11,28). Une telle attitude de douceur et d’humilité de coeur devra orienter notre action au-delà des casuistiques rétrogrades et défraîchies.

c. La dernière condition est la maîtrise de soi ou autrement, le contrôle de soi. C’est le fait de savoir endiguer le flot intempestif de nos impulsions et émotions (amour, exaltation, joie, colère, tristesse, crainte, etc.). L’homme qui a la maîtrise de soi a un comportement conséquent, bien évidemment réfléchis : ses paroles, ses agissements et ses actes. On a besoin d’être habité par cette qualité, fruit du Saint-Esprit même devant une situation invraisemblablement embarrassante. Nos émotions devront être soumises à Christ, lui qui a su employer les siennes de façon constructive à la gloire de Dieu, son Père. «Ma liberté de me situer en face de moi-même et de me dominer, c’est l’Esprit qui la rend possible », dit Hans Conzelmann. 

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