Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, l’amour vrai, puissance de toute action positive. Supérieur à l’amour érotico-mystique (union de soi avec son objet, union qui va de l’amour sexuel le plus physique à l’érotisme le plus raffiné et à la plongée mystique dans le monde de l’essence) et à l’amour-philia, de l’amitié (amor amicitae), l’amour-agapè a son origine en Dieu. Hypostasié, l’amour-agapè devient à la fois une puissance de résistance et le lieu de convergence où s’entrecroisent les faisceaux de régulation de l’existence humaine. C’est là que se redresse le «bois courbe » et se panse la blessure puante de la nature humaine pour l’édification d’un monde plus humain. Dans son hymne à l’Amour (1Co 13), l’apôtre Paul relève la primauté et la pérennité de ce don de l’Esprit. Sans l’amour, désir du plus grand bien pour l’humanité, «je ne suis rien » (1 Co 13,2). L’amour résiste contre tout ce qui réduit l’autre à l’étroitesse. Il appelle, sans battre le tambour ni le tam-tam, à la fraternité, à la solidarité et à l’élargissement de ses entrailles. Il exige le respect de la dignité sacrée de l’homme et du renforcement de sa liberté d’action sans jalousie ni possessivité, sans amertume ni rancune. Le propre de l’amour, relève pertinemment G. Mounier, «est d’amener à reconnaître l’autre en tant qu’autre, à cesser de vouloir se l’approprier ou se le subordonner, à se laisser reconnaître par lui, à se reconnaître mutuellement ». Sans l’amour, il serait donc pratiquement difficile de rencontrer l’autre au-delà de la muraille et d’organiser la vie communautaire. Pour résister à la tentation de l’autosatisfaction, de l’amour-propre, du prosélytisme des fanatismes divers, de l’ethnocentrisme, de corruption-échange social où germent les vices sociaux et les débordements charnels qui fragilisent le festin de l’existence humaine, le népotisme, le clientélisme, le copinage et le tribalisme notamment, il nous faut donc épancher tout notre cœur dans le «Cœur de Jésus », thème fondamental du triomphe de l’Amour sur la mort ; de nous en tenir fermement à ses perfections pour la plénitude de l’existence. L’amour, insiste l’apôtre Paul, prend patience et rend service, il ne jalouse pas, il ne plastronne pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il n’entretient pas de rancune, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il trouve sa joie dans la vérité. Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout (1Co 13,4-7). Ces perfections s’imposent indistinctement avec force de l’évidence. C’est là que nous retrouvons notre dynamisme propre de savoir aimer le prochain pour l’édification de notre société de plus en plus insensible face aux atteintes de la personne humaine jusqu’à la maturité. L’entrée de cette vertu d’amour, l’amour-agapè notamment dans nos registres des vertus sociales est une nouveauté d’autant que Christ porte par lui à la perfection la relation tripolaire cosmothéandrique (cf. Jn 3,16).   

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