Dans la revue Appel de Minuit, n° 3, mars 1983, pp.3-6, Wim Malgo repense cette déclaration précieuse de l’apôtre Paul. Plus d’un lecteur est en effet frappé en réfléchissant par l’utilisation du mot «fruit » au singulier. Alors que neuf différents fruits sont énumérés, s’agit-il d’une erreur de syntaxe ou de traduction ? La réponse est non. Ce qui intéresse l’apôtre Paul, croyons-nous, c’est la mise en perspective de la primauté de cette vertu si merveilleuse au service de l’humanité. Faut-il donc rappeler avec Pierre Bonnard que le mot fruit au singulier, expression d’une manifestation merveilleuse, inattendue et gratuite de la vie, décrit l’ensemble de la vie nouvelle en tant qu’entraînée par l’Esprit ; ce qui constitue l’unité de la vie chrétienne, tant dans la personne du croyant que dans la diversité communautaire.

De fait, ce que rapporte son correspondant à Jérusalem, un Juif messianique notamment nous met davantage au clair. Il écrit à ce sujet les lignes instructives suivantes :

Celui qui ne trouve pas Christ dans l’Ancien Testament, Le reconnaîtra difficilement de manière très claire dans le Nouveau Testament !’ Cette sentence démontre une vérité historique, ou mieux exprimée : chronologique. Bien sûr, le Nouveau Testament s’est seulement cristallisé par l’action de l’Eglise primitive, qui édifia sa doctrine d’après les Ecritures de l’Ancien Testament uniquement ; les premiers - autorisés - évangélistes et apôtres enseignaient sur Jésus d’après l’Ancien Testament seul - le Nouveau Testament vint seulement plus tard. C’est la raison pour laquelle certaines notions dans le Nouveau Testament ne peuvent être expliquées qu’en rapport avec la tradition juive. Ainsi, par exemple, la parole de Paul sur le ‘fruit de l’Esprit’ comme Galates 5,22 le mentionne. Des théologiens modernes trébuchèrent sur le singulier, par le fait que Paul, en énumérant les neuf fruits : ‘l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur, la maîtrise de soi’, utilise le singulier et ne dit pas : les fruits (pluriel), mais englobe ces neufs fruits dans la forme du singulier. Ces théologiens modernes ignoraient l’usage juif, car Paul, en parlant du fruit…, renvoie les Juifs de Galatie à la boîte BESSOMIM, encore connue aujourd’hui. Dans les maisons juives pieuses, a lieu, à l’issue du sabbat, la cérémonie HAWDALA. HAWDALA signifie ‘distinction’, et doit mettre en évidence la différence entre la sainteté du sabbat et le caractère profane des jours de la semaine, rappeler la différence entre la lumière et les ténèbres, entre l’Israël élu et les peuples païens. Là, le Juif prie entre autres : ‘Tu nous a élus- Tu nous as fait grâce…’ et, en même temps, il remplit de vin, jusqu’à ce qu’elle déborde, la coupe HAWDALA destinée à cet usage, et qui se trouve sur une soucoupe. De plus, il allume la bougie tressée HAWDALA, et remplit la boîte BESSOMIM de neuf épices odorantes, aspire leur parfum et tend à tous ceux qui habitent avec lui, cette boîte en filigrane ou en argent dur, avec des trous, la plupart du temps en forme de fruit. Ce parfum, comme salutation du sabbat, doit rappeler la paix du sabbat durant toute la semaine ; un parfum qui nous rappelle la différence entre la lumière et les ténèbres. Josèphe Flavius (37-105 après J.-C.) nous fait savoir dans la ‘guerre juive v-5,5’, qu’au temps de l’Ancien Testament, 12 épices, plus le sel, étaient permises pour l’usage saint. Chacune des épices n’était pas suffisamment odorante, mais seulement neuf d’entre elles pouvaient être utilisées pour la boîte BESSOMIM. Les mélanges d’épices dépendaient des traditions locales. Chez les Juifs de la diaspora, la préférence allait naturellement aux épices de l’Orient, de la Terre Sainte, comme, par exemple, la coriandre, la menthe, le cumin, la cannelle, les clous HAWDALA de girofle, la vanille, le fenouil, le cardamome et l’aneth. Quand Paul parlait du fruit de l’Esprit’, les auditeurs juifs se représentaient tout de suite la boîte BESSOMIM, ce parfum de vie qui différencie les croyants des ténèbres, de l’odeur de pourri de la mort, car c’est au travers de l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance’, que le monde reconnaît que nous sommes des enfants de vie. - La distinction de ce qui abonde, de ce qui éclaire, et de ce qui est devenu parfum de vie par le fruit de l’Esprit, est aujourd’hui un défi pour le chrétien. ‘Sois loué, ô Seigneur, de ce que tu différencies ce qui est saint de ce qui est profane !’- que cette prière HAWDALA nous sorte du demi-jour spirituel, nous qui vivons encore si souvent dans l’indécision, afin que notre témoignage pénètre comme un parfum au travers de toutes les portes et fentes des voisins.

C’est dans la perspective christique cependant que ce commentaire intéressant est un appel pressant qui doit retentir au cœur de notre vie en vue de relever le défi d’être chrétien dans ce monde où le vice est toujours proéminent et non la vertu.

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