Le fruit de l’Esprit au service de l’humanité

 

Mais le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur, la maîtrise de soi ; la loi n’est pas contre ces choses  (Ga 5,22-23).

 

           Cette parole de l’apôtre Paul extrêmement instructive stimule notre réflexion sur le dynamisme de la perfection du «fruit de l’Esprit ».Elle prend quelque relief lorsqu’on la relie dans la perspective de l’éthique existentielle chrétienne. Etant à ce point l’ultime irruption de la grâce ineffable de Dieu, l’apôtre Paul propose sans équivoque pour l’homme le véritable chemin de la reconstruction sociale pour des jours paisibles à savoir l’amour, précepte essentiel et résumé de toute la loi. Ne l’exalte-t-il pas en effet comme le «lien de la perfection » de toutes les vertus ? (Col 3,14). Don du Père et du Fils, c’est «un indice important de la conception de la christologie et de la sotériologie » (Hans Conzelmann), le Saint-Esprit produit en chaque enfant de Dieu ce parfum de vie qui pose ostensiblement la différence entre la lumière et les ténèbres ou précisément entre l’homme spirituel et l’homme charnel. C’est là en effet que se dévoile le mystère de la parfaite participation de l’homme à la nature divine où fleurissent naturellement les vertus chrétiennes encadrées par la foi et l’amour. Faut-il reconnaître pour autant que revêtir la nature divine est une réalité fondamentale de l’économie du salut. Sur ce point, l’apôtre Pierre nous incite à l’y devenir en vue de fuir la turpitude morale qui existe dans le monde (2P1, 3-6). Martin Luther précise donc admirablement que la nature de Dieu «c’est l’éternelle vérité, l’éternelle justice, l’éternelle sagesse ; c’est la vie, la paix, la joie, la fidélité éternelles ; c’est tout ce qu’on peut nommer de bon et de beau. Or, devenir participant de la nature divine, c’est partager tout cela : c’est vivre éternellement, avoir éternellement la paix et la joie ; c’est être pur, juste, saint, tout-puissant contre le diable, le péché et la mort…». Incontestablement, «Dieu est Amour ». Tel il est, tels nous devons être. Ainsi se dégage l’élément mystique d’être «en Christ », de le ressembler davantage, lui, l’image véritable du Père en vue de la consonance harmonieuse de réconciliation pascale. En tant qu’applicateur du salut, c’est par lui, le Saint-Esprit que nous subissons la transformation profonde de notre nature d’humiliation à celle de gloire éternelle.

 

Aux vices sociaux courants et débordements charnels que produit l’homme naturel tirés du registre de la morale populaire (Ga 5,19-21), l’apôtre Paul oppose le fruit de l’Esprit qui est unique, l’amour, la plus grande chose du monde. En étroite relation entre eux, les différents effets qu’il produit par l’Esprit ; les signes de son règne «la joie et la paix » ; ses manifestations «la patience, la bonté et la bienveillance » ; les conditions de sa naissance et de son épanouissement «la foi, la douceur et la maîtrise de soi » (cf. TOB) répandent en nous l’arôme de la beauté d’une créature si merveilleuse à laquelle n’a pas accès l’homme naturel. Dès lors, passé par la nouvelle naissance de l’état inférieur (ordre de la chute) à l’état de dignité intrinsèquement supérieur (ordre de la rédemption), il n’y a pas de loi contre ce parfum de vie qu’exhale l’amour. Il est, à juste titre, l’accomplissement de la loi dans toute sa plénitude (Rm 13,10). Au regard du bon dépôt des vertus essentielles à l’existence humaine, ce que dit saint Augustin : «Aime, et fais ce que tu veux », la liberté d’action à l’aune de l’amour, trouve son plein sens en Jésus-Christ, l’expression même de l’amour de Dieu. On se souvient en effet de la merveilleuse loi royale, «l’amour de Dieu et l’amour du prochain » fondamentalement différent de l’amour passionnel et égoïste qui cause des manquements déshumanisants. Dès lors, l’amour de l’ennemi cesse d’être une utopie. Ainsi, comme l’indique Paul Tillich, «Cet amour ne supprime pas l’inimitié, qui subsiste dans la sphère de l’opposition des puissances ; mais il subordonne l’inimitié à l’accueil de ce qui en l’autre constitue le centre de sa personne, et à la recherche d’une communauté avec lui. En outre, c’est seulement ainsi que prend sens l’injonction d’aimer son prochain comme soi-même ».

                                                                    

                                                       kondemo

                                                                 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prof. KONDEMO Mum’Epondo.

Recteur de l’Université Protestante de l’Equateur

 

 

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